Billet. Diesel à 3€, pouvoir d’achat en berne et crise économique : vers une fin d’année difficile ?

On a l’habitude d’entendre le Président dire lors de ces vœux à quel point l’année écoulée était difficile. Pour les derniers vœux de l’actuel locataire de l’Elysée, la tradition sera certainement poursuivie.

La crise au Moyen-Orient a frappé de plein fouet une économique mondiale et européenne déjà fragilisée.

Fragilisée d’abord par une crise économique latente qui impacte directement le pouvoir d’achat des ménages (j’en parlais ici ).

Fragilisée ensuite par la guerre menée au Moyen-Orient entre Israël, les USA et l’Iran. Notons d’ailleurs que Donald Trump, incapable d’arrêter le conflit, vise désormais l’Ukraine qui serait responsable de la hausse du prix des carburants à cause de ces frappes sur les raffineries russes (ce qui est faux), alors que celle-ci est clairement liée à la guerre lancée contre l’Iran.

Enfin, fragilisée demain par la hausse des taux directeurs décidée par la BCE, ce qui tout en visant à réduire l’inflation entrainera une hausse relative du chômage.

Evolution du prix des carburants de 2019 à 20026 ; Source : Roole Data

En matière de mobilités et de pouvoir d’achat, la hausse du prix des carburants est une mauvaise nouvelle. Surtout dans la période. Y aura-t-il réellement un diesel à 3€ à la pompe ? Les experts débattent ardemment.

Ce qu’on sait, c’est que les solutions existent. Et là je ne parle pas des travailleurs urbains qui ont diverses alternatives à disposition (TC, covoiturage, vélo), mais de l’ensemble des travailleurs. Plus économe, plus écolo et plus indépendant, la voiture électrique est une solution essentielle. Le leasing social enfin relancé en juillet a déjà fait vendre 30 000 véhicules électriques. Et même sans ce dispositif particulier, les véhicules électriques représentaient récemment près de 40% des voitures vendues, avec notamment les modèles sobres et peu chères des constructeurs français.

La crise du pétrole actuelle, après la crise de l’énergie de 2022, aura – espérons-le – un impact positif suffisant pour enclencher une dynamique de fond. L’offre électrique est désormais vaste. Une partie d’entre elle est bon marché. Et la dynamique a l’avantage, avec des ventes majoritaires de flottes professionnelles, de relâcher à courte échéance des véhicules électriques d’occasion sur le marché.

La même logique d’adaptation économique vaut pour le chauffage. Les pompes à chaleur – réversibles ou non – sont une solution pour économiser de l’énergie, de l’argent et être plus résilient face aux chocs à l’autre bout de la planète. Le sujet est majeur, surtout que les stocks de gaz européens ne sont actuellement pas au même niveau que les années précédentes.

Enfin, en matière de pouvoir d’achat, il est essentiel de mentionner l’alimentation. Notre agriculture française et européenne a souffert de cet été précurseur des futures normes. J’en parlais récemment dans mon article sur l’adaptation climatique. La disponibilité et les prix des fruits et légumes, demain aussi des céréales, va fortement évoluer. Au-delà d’aides d’urgence qui sont nécessaires, la transition vers un modèle agricole plus résilient et moins dépendant des engrais azotés (encore un lien avec le Moyen-Orient) est nécessaire. Elle doit s’engager dès 2027 et sans tarder.

L’impact climatique agricole se cumule avec les impacts différés que la guerre du détroit d’Hormuz entraine. Le prix de divers produits et matériaux industriels pourrait en effet augmenter significativement dans les prochains mois, entrainant par ricochet, comme en 2022, une hausse du prix de produits grand public et une perte relative de pouvoir d’achat. La réponse des gouvernements devra être non seulement celle de l’urgence, mais aussi de préparer l’avenir, sans attendre, avec une remise en question de notre économie actuelle à bout de souffle.

La recherche nous dit que les crises sont d’abord traversées de manière correctes si les liens sociaux sont établis et qu’une solidarité par le bas est capable de se mettre en place. Souhaitons que le soutien aux associations, actrices du vivre-ensemble, soit maintenu à des niveaux élevés, et souhaitons nous retrouver sur la place du marché et dans des cafés ou restaurants – qu’il faut soutenir – pour entretenir notre résilience.


Source de la photo : European Space Agency, Qeshm Island (Strait of Hormuz)