Comment réussir à maintenir habitables nos territoires ?

Crédits REUTERS - Stephane Mahe

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L’été 2026 rentrera sans aucun doute dans l’histoire française et européenne. Entre vagues de chaleur particulièrement longues, sécheresse importante, feux de forêts massifs, cours d’eau à sec, l’été aura pesé sur les organismes vivants. Nous avons vécu une autre forme de canicule. Non pas cette vague de chaleur qui, sur quelques jours, fait grimper le mercure à 40°C, mais une canicule intense et continue sur une longue période. A Lyon, nous avons l’impression d’avoir vécu à 35°C pendant plus de deux mois.

Mais cette autre forme de canicule semble bien être, selon les scientifiques, ce qui pourrait devenir la norme dans les prochaines décennies. Des vagues de chaleurs plus longues et plus intenses en été, et des précipitations davantage concentrées à l’automne et à l’hiver. Le sujet n’est pas nouveau, mais il me semble important de revenir dans cette note sur plusieurs enjeux qui ont trait à l’adaptation au changement climatique. Alors qu’un Français sur deux craint pour sa santé, et même 64% pour la santé de ses proches, selon un récent sondage IPSOS, atténuation et adaptation doivent revenir au cœur du débat public – aussi en amont de l’année électorale 2027.

Il est vrai que pendant longtemps le sujet de l’adaptation était une forme de tabou sociétal et politique. Si le duo atténuation-adaptation est déjà présent dans des travaux de recherche scientifique, Marie-Hélène Lafage rappelle dans son ouvrage « Les métamorphoses » que l’adaptation a longtemps été un sujet compliqué pour celles et ceux qui alertaient depuis des années sur les conséquences humaines des dégradations environnementales. Avant tout, l’adaptation servait même une approche libérale et techno-optimiste de la lutte climatique permettant de toujours remettre à « plus tard » les moyens à consacrer. Lafage cite dans son livre l’historien Jean-Baptiste Fressoz qui écrit en juin 2023 dans le Monde que « les pays industriels ont choisi la croissance et le réchauffement, et s’en sont remis à l’adaptation. Cette résignation n’a jamais été explicitée, les populations n’ont pas été consultées ». Aujourd’hui, l’adaptation est dans la bouche de toutes et tous, ironiquement même de celles et ceux, l’extrême droite, qui ont longtemps combattu toute évolution environnementale.

Quoi qu’il en soit, et sans adopter des mesures simplistes qui constituent davantage de la mal-adaptation, nous avons besoin de sortir du déni et d’arrêter de faire l’autruche.

Revoir les bases

« Mais avant, faut qu’on revoit les bases » chantait Orelsan en 2017. Je crois que c’est ce dont nous avons besoin face à ce défi majeur. Notre société n’est pas préparée à ce qu’il va advenir, y compris si nous arrivons à réduire nos émissions qui éviterait le scénario de « planète étuve ». Ce sont des choses simples parfois dont la définition doit évoluer, rapidement, pour que notre société applique les bonnes alertes, au bon moment. Regardons trois sujets complémentaires.

Le premier est connu, il a été largement commenté : le calcul du DPE. Nous avons besoin de revoir sa méthode pour prendre en compte non seulement l’efficacité énergétique, mais également le confort thermique d’été. Les chiffres à ce sujet sont accablants. Nous avons trop longtemps fait l’autruche sur les vagues de chaleur. Un logement sur deux est une « bouilloire thermique », et même parmi les logements classés A, encore 30% peuvent être considérés comme tel. Nous voyons le besoin d’avoir des indicateurs fiables en matière de logement pour la population.

En matière de normes d’alerte et de prévention, il en va de même de la vigilance canicule et des règles de salubrité des appartements. La première devrait à mon avis être adaptée pour les vagues de chaleur qui perdurent et n’offrent que peu de répit. On l’a vu cet été avec 5 (ou 4, à Lyon) canicules officielles à date en France, alors même que les températures sont parfois restées hautes entre les vigilances canicule. Encore à Lyon, nous ne sommes pas passés en vigilance rouge, notamment par le non franchissement du seuil de 40°C. En revanche, on était longuement juste en dessous. Cela doit requestionner la méthode d’activation pour éviter les « montagnes russes » et la cacophonie informationnelle, sachant que chaque niveau de vigilance est accompagné de mesures spécifiques dans beaucoup de communes.

Parmi les outils administratifs, le classement en appartement dit « insalubre » fait partie des leviers. A Lyon, depuis cet été, les agents pourront classer un logement comme insalubre pour cause d’inadaptation à la chaleur, notamment pour manque d’équipements basiques de protection. C’est une première, et cela illustre le fait que certaines règles simples n’avaient pas encore pris le tournant climatique.

Assurer nos besoins fondamentaux

De fait, nous devons assurer nos besoins fondamentaux en période de canicule prolongée. L’eau est une ressource vitale pour le vivant, dont nous faisons partie. Cet été, grâce à un printemps très pluvieux, les nappes phréatiques ont modestement tenu. Une sécheresse majeure s’est malgré tout installée sur une bonne partie de l’hexagone dans la deuxième partie de l’été. En conséquence, les préfectures ont pris des arrêtés pour prioriser et limiter l’usage de l’eau, plus ou moins strictement. La priorité reste naturellement l’approvisionnement en eau potable, plus qu’essentielle. Et les regards se tournent déjà vers l’état, en fin d’été, des champs de captage qui permettent de livrer l’eau à domicile.

Une des conséquences visibles du manque de pluie est l’état de nos cours d’eau. Début août, 43% des petits cours d’eau français sont en rupture d’écoulement voire d’assecs, selon l’office français de la biodiversité. Pour la faune et la flore, c’est une terrible nouvelle, avec potentiellement des conséquences durables par endroit.

Et c’est aussi notre approvisionnement en eau dans les villes qui est questionné. Car au-delà de l’approvisionnement, c’est aussi l’infrastructure d’eau potable qui est impactée par la chaleur. Un certain nombre d’entre nous auront remarqué que la douche est, au mieux, tiède, même au plus froid. Ce n’est pas sans poser des questions de santé. Les distributeurs d’eau ont bien déjà l’habitude de s’adapter en été en modifiant les apports de chlore dans le circuit. Mais il est vrai que les quelques canalisations peu profondes qui traversent les routes sous nos pieds subissent les températures folles du bitume en plein soleil (jusqu’à 60-70°C), réchauffant de fait l’eau potable dans son circuit. Là encore, pour éviter la prolifération de légionelloses ou de bactéries e.coli, une prise de conscience est nécessaire.

L’impact de la chaleur et de cette sécheresse sur l’agriculture est potentiellement sans équivalent. Il faudra encore attendre un bilan complet des pertes de récolte, mais on estime déjà des pertes de rendements dévastatrices. Selon l’agroclimatologue Serge Zaka, on pourrait perdre près de la moitié des légumes par rapport à la moyenne des cinq dernières années. Plusieurs céréales pourraient subir les mêmes niveaux de pertes, et les fourrages essentiels à l’élevage chuteraient de 30%. Face à l’étendue de cette catastrophe agricole, Zaka formule des propositions politiques pour assurer un avenir pour l’agriculture française (restructuration de la géographique agricole, plan irrigation-sol, nouvelle culture de l’eau).

Car on voit bien que des réponses économiques, politiques et sociétales sont nécessaires si nous souhaitons garder des territoires habitables, ne serait-ce que pour nos besoins fondamentaux. En premier lieu, nous pouvons penser à un système de solidarité européen. A l’instar de la solidarité européenne sur les moyens de lutte contre les incendies, un mécanisme de solidarité pourrait être imaginé sur des ressources critiques, comme l’eau, les fourrages et autres.

En second lieu, ce sont des mesures d’adaptation qui sont nécessaires. Pour contrer les gels tardifs, les grêles, les pluies torrentielles ou encore les sécheresses. Nous avons besoin de préserver notre souveraineté alimentaire estivale et une partie de notre modèle économique. Et ces mesures passent avant tout par un changement de modèle agricole. Vers un modèle plus robuste, davantage en lien avec la nature, plus diversifié en termes de paysage pour stocker l’eau et constituer un refuge, pensé pour le long terme, enfin, plus indépendant de l’apport en engrais azotés et de pesticides.

Illustration Serge Zaka sur la « culture de l’eau »

Concernant les sécheresses, naturellement, une forme de stockage de l’eau et d’irrigation fait partie de la solution. C’est déjà largement pratiqué dans l’agriculture. Il s’agit en revanche de faire des arbitrages pour assurer une réelle adaptation sur le long terme, avec une pensée systémique. Le stockage de l’eau doit être implémenté en fonction des territoires et de leurs bassins versants. A mon avis, les « mégabassines » ne font pas partie de la solution. Et ce n’est pas en disant cela qu’on se positionne contre toute forme de stockage.

Si on écoute les hydrologues, notre gestion de l’eau doit être plus profondément modifiée. C’est aussi cela qui nous permettra d’éviter des assecs de nos rivières ou fleuves, qui ont des impacts collatéraux dépassant largement l’agriculture. Avec plus de méandres, une protection et une recréation de zones humides, des solutions inspirées par la nature à l’image du travail du castor pour ralentir le débit d’eau, l’eau permettrait de servir davantage les territoires par lesquels passent les rivières. Ceci serait aussi bénéfique pour l’agriculture, en complément des stockages d’eau qui peuvent être aménagés ici ou là – en lien avec la faune et la flore locales.

Enfin, un de nos besoins fondamentaux est également la sécurité. Il se trouve que les faits augmentent de manière non négligeable pendant les fortes chaleurs. Ainsi, on peut lire que chaque degré supplémentaire augmente les violences conjugales de +4.7%. Avec une hausse globale des risques de féminicides de 28%, selon l’ONU. Cette violence peut aussi se répercuter sur les animaux domestiques, qui peuvent par ailleurs subir les oublis et négligences de leurs propriétaires. Nous avons donc besoin de renforcer la prévention, la médiation et le rôle de la police de proximité.

Cela montre que sans mesures d’adaptation à la hauteur, pour préserver la santé physique et mentale, et assurer un maintien de la cohésion sociale, les menaces sur la société augmente. Pour agir, il faut prendre pleinement conscience de l’ampleur du dérèglement. Ainsi, nous devons d’ores et déjà planifier la mobilisation générale et prévoir des moyens importants pour faire face.

Maintenir habitables les grandes villes

En conséquence de la métropolisation, une part importante de la population habite dans des grandes villes ou des villes moyennes. L’adaptation y est un défi tout particulier. En effet, les villes subissent l’effet d’îlot de chaleur urbain. Le bitume et les murs rayonnent encore longtemps après leur exposition au soleil. La température augmente jusqu’à environ 16h30-17h30. Et les nuits restent plus chaudes qu’en extérieur d’agglomération.

De fait, la différence entre la nuit en ville et en périphérie peut atteindre plusieurs degrés, ce qui peut faire toute la différence en matière de qualité du sommeil. Dans le récent sondage IPSOS, 56% des sondés déclaraient souffrir de troubles du sommeil pendant les fortes chaleurs.

Et ce n’est pas une surprise, tant les grandes villes sont mal adaptées au changement climatique. L’effet d’îlot de chaleur urbain se cumule avec un manque d’ombrage, qui s’ajoute à des logements mal isolés ou particulièrement exposés au soleil, enfin des bâtiments publics qui subissent le même sort et un accès à l’eau souvent limité.

Pourtant, les solutions existent pour adapter nos villes. Surtout que nous partons de très loin en ce qui concerne le bâti. Trop nombreux sont les logements qui n’ont pas de volets, de stores ou de jalousies lyonnaises. Leur installation est la priorité numéro une. S’ajoute à cela une isolation souvent médiocre ou inexistante. Même si lors d’une longue vague de chaleur, cela n’est pas magique, l’isolation évite de s’approcher de la température extérieure. Enfin, nous avons besoin de massifier l’installation des brasseurs d’air au plafond. Tout comme un ventilateur, ils permettent d’aider nos corps à nous rafraichir naturellement, et de manière particulièrement efficace. Ce sont ces solutions qui font la différence entre un intérieur à 28°C ou à 35°C en période de canicule, avec un ressenti également amélioré.

Faut-il en complément développer la climatisation ? Oui tout à fait, mais pas partout et pas n’importe comment. Par exemple, les trois actions ci-dessus sont des prérequis simples et efficaces à toute climatisation. Une récente étude menée par le collectif « Nos villes à 50 degrés » et le CSTB a permis de cartographier les bénéfices et les manques du triptyque ci-dessus. Le travail est éclairant quant aux différences territoriales sur le besoin de climatisation. 70% du territoire pourrait être correctement adapté sans climatiseur individuel.

Là où la zone 1, et dans une large mesure la zone 2, peuvent se contenter des mesures les plus simples dans les logements, la zone 3 devient prioritaire pour un déploiement de climatisation en complément. De fait, aujourd’hui déjà, 25% des logements en France possèdent une climatisation, dont une part importante dans le sud-est (>50%). Cela ne veut pas dire que les climatiseurs sont inutiles en zone 2, en revanche leur déploiement mérite d’être encadré et priorisé. Une orientation pourrait être d’autoriser le déploiement pour les appartements situés sous les toits, particulièrement exposés à la chaleur, parfois même après rénovation.

Carte Les Echos basée sur le travail du collectif Nos villes à 50 degrés et le CSTB

Cette carte permet de casser le discours d’uniformité entre 100% Pour et 100% Contre la climatisation. Elle cache par ailleurs une autre disparité territoriale importante à noter sur la « clim ». Les plus grandes villes ne sont pas à mettre au même plan que les petites villes ou les maisons isolées. Dans ces derniers lieux, la pratique de l’espace public, la promiscuité entre habitations et lieux de vie et les flux d’air ne sont en rien comparables. Par ailleurs, une pompe à chaleur air-air réversible permet souvent de contribuer à la décarbonation des consommations énergétiques d’une maison isolée, dont le chauffage tourne souvent au gaz ou au fioul.

En (grande) ville, la densité et l’usage de l’espace public nécessitent un encadrement plus important. Et l’urbanisme doit être revu à l’aune des enjeux d’adaptation. Une des priorités est par exemple la climatisation des lieux collectifs, que ce soient des services publics (mairies, hôpitaux, etc.) ou commerciaux. Ainsi, la dépense énergétique est optimisée au bénéfice du plus grande nombre, à l’inverse de l’installation d’une climatisation individuelle. Le déploiement dans des lieux comme les hôpitaux permet par ailleurs de contribuer à l’amélioration globale de la santé, dans des périodes caniculaires qui sollicitent de plus en plus les services de santé.

Et nous pouvons aller plus loin. En nous inspirant de l’urbanisme circulaire cher à Sylvain Grisot, des lieux publics climatisés – ou autrement rafraichis – doivent pouvoir s’ouvrir pour accueillir la population. Ouvrir une salle de réunion climatisée dans une mairie en est une étape basique. On peut également imaginer ouvrir d’autres lieux, en dehors des temps d’occupation, pour permettre aux citoyennes et citoyens de profiter de la fraicheur.

Cela rejoint des réflexions sur le besoin de penser différemment la nuit. Dans l’idéal, il faudrait également appliquer l’urbanisme circulaire à des périodes nocturnes, tout comme ouvrir des lieux souterrains déjà existants. Cela complèterait les désormais plutôt classiques ouvertures plus tardives de parcs, squares ou encore lieux privés comme les cinémas. Enfin, repenser la nuit signifie également renforcer la lutte diversifiée contre les nuisances liées aux moustiques, souvent dès la conception ou le réaménagement des logements.

Ne pas sacrifier l’espace public

Je le disais précédemment, la différence entre petite et grande ville est notable. Dans ces dernières, l’effet d’îlot de chaleur urbain est majeur entre matériaux utilisés et densité d’habitat. Or, dans les villes les plus denses, les espaces publics jouent un rôle majeur en matière de vivre-ensemble et de lien social. Je crois sincèrement qu’il ne faut pas sacrifier les espaces publics dans ces contextes. Il faut en prendre soin. C’est pour cela que la question de la climatisation, et d’une manière générale les dispositifs amenant à réchauffer les rues (automobiles, etc.), doivent être régulés. Une récente étude lyonnaise sur la hausse des températures extérieures due aux rejets de la climatisation conclut à une hausse de +1,75°C dans les environs, voire bien davantage très localement. Sans surprise. Nous avons probablement toutes et tous en tête les rejets de certains commerces en plein trottoir, parfois même à hauteur d’enfant.

Je souhaite ici le clamer haut et fort, il ne faut pas sacrifier l’espace public, alors même que le lien social est un des facteurs de résilience majeur en ces temps de crises. C’est pourquoi nous avons besoin de développer toutes les solutions alternatives qui visent à rendre l’espace public plus vivable, même lors d’une vague de chaleur. Ces solutions sont déjà développées à de nombreux endroits sur Terre, le décroutage et la végétalisation massive en font partie.

A Lyon, en temps de canicule sur la rue Garibaldi (3e) réaménagée, la différence peut être de 7°C en comparaison à une rue sans arbres ni arbustes. L’accès à des fontaines et à des bornes d’eau potable est tout aussi important que le sujet de l’accès aux baignades, qu’elles soient naturelles ou hors sol. L’usage de matériaux de construction à plus faible rayonnement thermique est une piste d’amélioration, bien qu’il faille avouer que les études sur les revêtements clairs au sol ont montré leurs limites quant à leur effet et praticité usagère. Enfin, c’est le déploiement massif d’ombrières dans les rues, sur les places ou encore les aires de jeux qui permettrait de sauver les espaces publics de la désertification sociale.

La ville de Singapour constitue un exemple intéressant sur la climatisation. Son fondateur l’avait encensée, la nommant « plus grande invention du siècle ». Le développement y a été important. Entre temps, le changement climatique et l’effet d’îlot de chaleur urbain se sont accentués. La logique singapourienne a été transformée. Leur objectif est désormais de sortir d’une solution unique, qui constituerait alors davantage une dépendance fragile (ou verrouillage socio-technique). La ville vise d’abord à développer toutes les alternatives, et la climatisation ne doit être installée qu’en dernier recours. Pourtant, son climat équatorial, chaud et humide, rend la vie difficile. Concrètement, Singapour vise à développer tous les systèmes de « refroidissement passif », notamment dans les bâtiments. Il s’agit de repenser les orientations, les ventilations naturelles, l’ombrage naturel et artificiel, d’installer des plafonds/planchers refroidissants ou encore de combiner brasseurs d’air avec un refroidissement modéré. L’enjeu est de taille pour la ville alors que plus de la moitié des consommations électriques de grands bâtiments est liée à la climatisation.

A l’instar de Singapour, l’innovation sociale et technologique n’est pas interdite pour garder vivables les espaces publics. Différents types d’ombrières en toiture peuvent être développées. Un usage ciblé d’eau dans l’espace public permet d’assurer le maintien des cobénéfices du cycle de vie du végétal urbain pour l’humain. En ce sens également, les pulvérisateurs en haut de toiture récemment testés à Shanxi (Chine) doivent pouvoir être expérimentés et évalués dans une configuration européenne, tout comme les solutions de refroidissement passif des bâtiments.

Vers un congé climatique ?

Les vagues de chaleur à répétition questionnent également notre organisation sociale plus large. L’école, les congés d’été, le travail en général, l’organisation des sapeurs-pompiers sont d’autant de sujets qui méritent une réflexion nouvelle, compatible avec les enjeux du siècle.

Sur le travail, d’aucuns rappellent qu’il existe déjà des horaires adaptés selon les secteurs, ou encore le droit de retrait personnel. En revanche, si on regarde la réalité des faits, seulement 1% du million d’employés du BTP ont invoqué le droit de retrait en juillet 2026, selon la confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment.

C’est pourquoi à l’instar du congé climatique en place en Espagne, les écologistes ont mis en avant en France la mise en place d’un tel congé d’adaptation. Les verts imaginent « cinq jours, pour permettre à chacun de faire face à une canicule, une inondation, un incendie ou une fermeture d’école liée au climat, sans perte de revenus ». En Espagne, une mesure similaire a été mise en place dès novembre 2024. Il s’agit d’un congé payé de quatre jours pour éviter principalement les déplacements en cas d’alerte météo, une mesure mise en avant notamment après les inondations impressionnantes à Valence.

Penser système

Oui, il est nécessaire de parler pleinement des mesures d’adaptation de nos modes de vie et de nos territoires. Il n’est pas trop tard pour agir. Ni pour réduire massivement nos émissions de CO2. Ni pour prendre des mesures significatives d’adaptation au changement climatique. Mais pour cela il faut prendre la mesure de ce qui nous arrive. Peut-être que l’été 2026 y contribuera modestement. Si nous comprenons enfin que nous débarquons là dans un nouveau monde, alors nous pouvons nous en sortir. Je crois qu’il n’est jamais trop tard pour avoir une vision systémique et non opportuniste des évènements. Cela permet d’enclencher des actions concrètes à la hauteur, et souvent du ressort d’une transformation en profondeur, voire d’un changement de modèle, comme pour l’agriculture.

Nous écologistes devons pleinement maintenir les enjeux d’atténuation au cœur des débats. Sans atténuation, il n’y a pas d’avenir joyeux. Et nous devons insérer le tout dans un récit politique cohérent, réaliste, enviable et pragmatique quant aux enjeux du siècle. Avec donc, une ambition majeure sur l’adaptation de nos territoires pour les maintenir habitables.