Quatrième édition pour notre tour de la région Auvergne Rhône-Alpes avec Fanny Dubot et Gautier Chapuis. Cette fois-ci, nous avons organisé une version minimale seulement sur deux jours, en octobre 2026, à la rencontre de trois acteurs agro-alimentaires. Malgré les difficultés pour organiser cette édition 2026 un peu particulière et automnale, nous avons souhaité maintenir ce qui est désormais devenu une tradition annuelle, à la rencontre de celles et ceux qui nous nourrissent.
Géographiquement, nous avons fait le choix de rester près de Lyon et dans la vallée du Rhône proche pour réduire les temps de trajet. Le focus était porté sur des acteurs agro-alimentaires, bien que nous aurions pu visiter une usine de transformation supplémentaire. Tout comme un maraicher, dont la récolte était imminente, cette visite d’usine ne s’est pas faite. Nous avons donc pu voir le producteur principal de popcorn en France, visiter une chevrière du pays de Condrieu et observer les processus de fabrication de gâteaux emballés.
Benoit Ciné Distribution, Saint Pierre de Chandieu (Rhône)

Première halte pas loin de Lyon chez le principal producteur de popcorn de France. Nous avons rendu visite à Patrice Benoit, fondateur de l’entreprise Benoit Ciné Distribution qui, outre le popcorn, fournit de très nombreuses salles de cinéma en produits sucrés et boissons diverses.
Le site n’est pas gigantesque, mais ce n’est pas nécessaire pour être le premier distributeur de cinéma du pays. Entre lignes de production diverses, bureaux, nombreux stockages de produits et ateliers de maintenance de la machinerie, la production permet de répondre au besoin.
La cinquantaine d’employés assure la production et distribution des produits « plaisir » du cinéma, notamment le popcorn. Si 80% du maïs éclaté consommé en France est sucré, c’est tous types de popcorns qui sont produits ici : sucré, salé ou encore aromatisé.
Nous avons naturellement pu échanger sur les enjeux et difficultés de la production. Nous avons également pu échanger sur l’agriculture française et l’environnement, avec un engagement affirmé de l’entreprise. Ici, le maïs vient du Gers, l’huile de tournesol est bio et vient principalement du Doubs et le sucre est issu du nord de la France. Pour certains clients, il est également possible que le maïs soit bio, en fonction des demandes.
La ferme de chasse nuage, Longes (Rhône)

Prochain rendez-vous chez Nathalie à la chèvrerie de chasse nuage. C’est une ferme bio avec près de 140 chèvres sur les hauteurs de Condrieu. Sous un air frais et un vent toujours présent, les chèvres se sentent bien sur des prairies assez vastes. Près de 100 000 litres de lait sont produits ici par an, l’intégralité étant transformée sur place. Différents types de fromages sont produits : buches, pâtes pressées, morceaux apéros, ainsi que l’AOP Rigotte de Condrieu.
Comme nous avons pu le voir ces dernières années, la lactation baisse pendant la période estivale, d’autant plus pendant les fortes chaleurs continues de l’été 2026. Les rendements sont en chute, la prairie s’assèche, et donc ce ne sont pas uniquement les recettes qui diminuent, mais également les coûts qui augmentent pour s’adapter à cet état de fait, par exemple pour re-semer davantage.
Nous avons pu aborder différents enjeux pour l’élevage dans ce pays à la limite de la zone de montagne. Nous avons discuté de la production, de l’adaptation climatique, des canaux de vente des fromages principalement lyonnais, du modèle économique, de la solarisation effectuée sur les toits qui permettent de générer des revenus complémentaires non négligeables, enfin également de l’autonomie céréalière (ils sont autonomes sur les céréales d’hiver comme l’orge ou le méteil) ou de l’impact des meutes de loups.
Sur ce dernier sujet, comme les années précédentes, c’était particulièrement intéressant d’échanger sur la réalité vécue par les éleveurs. D’autant plus que depuis 2025, la présence locale du loup s’est accentuée. Les premières mesures (patou, clôtures, etc) permettent de répondre modestement à la meute qui grandit. Sans aller trop loin, en trouvant un équilibre, la régulation par chasse est vécue comme une nécessité pour les éleveurs rencontrés au fil des années. Cela n’empêche pas, disent ils, de s’adapter dans la durée, car il faudra aussi apprendre à « vivre avec le loup ».
Alpes Biscuits, Estrablin (Isère)

Dernière étape dans l’usine de transformation d’Alpes Biscuits à Estrablin. Cette société née en 1981 autour du lac Léman proposent plusieurs marques dont la plus connue est Biosoleil. La biscuiterie que nous avons visitée permet de fournir toute la France en madeleines, gâteaux et autres barres de céréales emballées.
Les produits sont 100% bio, avec près de 2/3 des matières premières qui viennent de France. Les autres sont principalement sourcées selon des exigences de commerce équitable pour rémunérer correctement les producteurs. Avec 35 salariés, l’entreprise arrive à produire plusieurs centaines de tonnes de biscuits et gâteaux divers à l’année, pour approvisionner les magasins et épiceries bio de l’hexagone.
Outre le tour du site qui nous a permis de nous rendre compte des processus de fabrication et enjeux de logistique, nous avons abordé le contexte économique difficile. Si la bio retrouve des couleurs dans la consommation nationale, la fragilité économique reste de mise pour beaucoup d’entreprises françaises. Sachant que l’économie est impactée, dans le secteur de la transformation alimentaire, par les pertes de rendements et hausses de prix liées à la sécheresse et aux fortes chaleurs, aux tensions sur la demande en œufs et autres.
Ces échanges étaient essentiels pour se rendre compte des enjeux, opportunités et difficultés des PME alimentaires. Nous en avons évidemment profiter pour goûter une madeleine tout juste sortie du four, avant qu’elle ne soit conditionnée. Elle était très bonne ! A l’instar de ce qui aurait pu sortir de nos fours respectifs.
Un grand merci à Patrice, Nathalie, Carl et tous leurs collègues et associés pour l’accueil chaleureux pour ces trois visites !