Lyon. Nous avons écrit une page d’histoire électorale française.

Lyon, le 14 octobre 2025. Deux semaines après le lancement officiel de Jean-Michel Aulas dans la course à la mairie de Lyon sort un sondage qui changera la donne. L’enquête réalisée par Verian et publiée par Mag2Lyon fera l’effet d’une bombe dans le paysage politique et médiatique entre Rhône et Saône. Le candidat de la droite et du centre est crédité de 47% des intentions de votes contre 23% pour Grégory Doucet.

Jusqu’à fin janvier 2026, la poignée de sondages publiées sur l’élection municipale lyonnaise indiqueront tous les mêmes valeurs. La série de sondages aura défini, sinon façonné, une bonne partie du début de la campagne électorale. Sans surprise, la presse locale et nationale titreront davantage sur la perspective d’une victoire au premier tour de l’ancien président de l’OL que sur une remontada possible de l’union de la gauche et des écologistes. Les invitations, les projets de reportages, l’intérêt médiatique, tout se focalisera pendant ces longues semaines sur ce candidat issu de l’économie et du sport-business, à la notoriété totale. Et pourtant !

Une campagne joyeuse et dynamique

J’ai eu l’honneur de faire partie aux côtés de mes collègues Fanny Dubot et Thomas Dossus de la direction de campagne politique de Grégory Doucet. Durant plus d’un an, nous avons pensé, conçu, discuté la campagne telle que nous voulions la mener pour l’emporter in fine, le 22 mars 2026. Je crois qu’il est difficile de décrire toute cette période encore aujourd’hui, tant elle a été intense, chargée, passionnante, humainement chaleureuse et si heureuse à la fin. Car oui, nous avons réussi l’impossible : une remontada historique dans l’histoire politique française.

Une campagne électorale comporte forcément des hauts et des bas, c’est une période faite de montagnes russes, où le moindre détail peut faire la différence. Mais aussi une période, où une série d’évènements peut renverser toute tendance perçue comme inéluctable. C’est bien ce que les politologues et commentateurs appellent la « dynamique ».

Je ne vais pas tourner autour du pot. Il est évident que nous nous serions bien passés de cette série de sondages à 47%. Chaque sortie était désagréable à vivre. Surtout la première. Ce que nous savions toutefois, c’était d’une part qu’un sondage ne fait pas une élection – encore moins lorsqu’il est réalisé aussi loin de l’échéance – et d’autre part, que nous avions construit notre campagne très tôt dans l’optique d’être derrière. Il nous fallait donc rester sereins, croire en la construction de notre campagne, la mobilisation qui pointait son nez, et espérer pouvoir bénéficier d’évènements favorables d’ici le premier tour.

Nous savions que des évènements significatifs adviennent forcément au cours d’une campagne qui dure six mois. La modification du mode de scrutin, dit réforme Paris-Lyon-Marseille, décidée par les parlementaires seulement à l’été 2025, fait partie de ces évènements majeurs. Le décès dramatique à Lyon du militant identitaire Quentin Deranque également. Avec le recul, on peut dire que des évènements significatifs, modifiant les dynamiques de campagne, il y en avait beaucoup d’autres. Je peux citer les traditionnels meetings et lancements de campagne, la photo de Laurent Wauquiez avec Jean-Michel Aulas, ses souhaits de « désencadrer les loyers » et de construire un méga-tunnel anachronique au cœur de Lyon, la proposition de la droite d’afficher le portrait de Deranque sur l’hôtel de ville, l’unique débat avec toutes les têtes de liste diffusé sur BFMTV/BFM Lyon, les interviews sur RTL ou France Inter, les tracts rouges de l’entre-deux tours, et j’en passe.

Je dois dire que je suis très fier de la campagne que nous avons pilotée avec Grégory Doucet, la direction de campagne et l’équipe de campagne, emmenée par Roméo Chomphoo. D’abord, nous la souhaitions joyeuse et dynamique. Je crois que nous y sommes arrivés. S’il fallait un seul exemple, ce serait notre évènement féministe du 7 mars, un mini festival organisé sur les berges du Rhône avec son village militant, ses food-trucks, son espace ludique pour enfants et sa grande scène pour les discours, chants et performances de l’artiste Melba. Avec tous ces sourires !

Ensuite, nous souhaitions nous appuyer sur un projet robuste, construit in fine par plusieurs centaines de sympathisants et de militants, précis et chiffré sur beaucoup de sujets. Il était basé sur les apprentissages apportées par la « grande écoute », mobilisation militante de l’été 2025, avec un questionnaire qualitatif soumis aux Lyonnaises et Lyonnais. Il a permis d’alimenter de décembre à mars les séquences politiques, autour de trois priorités définies : logement, santé et sécurité. Car sans apporter du fond, ce n’est pas uniquement le sérieux d’une équipe qui est remis en question, ce sont aussi les occasions de communication qui pêchent.

Une communication joyeuse et dynamique faisait partie des piliers de la période. Nous avons souhaité une communication directe sur les réseaux sociaux pour parler aux Lyonnaises et Lyonnais, et une charte graphique aux couleurs vives et aux propos simples. Quelques mois après la victoire fulgurante de Zohran Mamdani à New York, beaucoup parlaient de sa communication réussie. Le candidat avait choisie une « DA » très « pop », vive et joyeuse, en publiant à haute fréquence des vidéos face caméra, martelant souvent le même message clé autour de la vie chère new-yorkaise. Les messages simples ? Une communication joyeuse ? Oui évidemment, nous allions adopter ce style. Toutefois, nous n’allions pas copier davantage la campagne de Zohran Mamdani. Lyon n’est pas New York. La politique française n’est pas celle des Etats-Unis. Et puis, la copie d’une stratégie ne garantit pas le succès.

L’ingrédient suivant est celui d’une mobilisation hors norme des sympathisantes et militants sur le terrain. Pour réussir une remontada historique, il fallait bien cela. Des centaines de milliers de tracts ont été distribués sur les marchés, devant les supermarchés ou les universités, ou dans les rues de Lyon. Ces artisans de la campagne ont toqué à plus de 70 000 portes lyonnaises pour échanger avec les citoyens et présenter les orientations du projet « Pour vivre Lyon ». Je ne rentrerai pas davantage dans le détail, mais sans ces centaines de militants et cette abnégation incroyable, cette remontada n’aurait pas été possible. Je leur envoie mille merci !

Enfin, nous avons réussi à construire une campagne qui avançait comme sur des rails. Nous avons su garder le cap et nos idées de grandes séquences, malgré vents et marées politiques. Nous avons tenu notre lancement de campagne militant à la Toussaint, comme prévu au printemps 2025. Nous avons réussi à organiser la bascule après la fête des Lumières entre la posture de Maire et celle de candidat pour Grégory Doucet. Et nous n’avons rien laissé passer. Ni les fake news, ni les refus de débattre, ni les annonces multiples sans chiffrage, ni les annonces de projets les plus flippants. Tout n’était pas parfait, c’est certain. Mais avec le recul, je dois le dire, beaucoup de choses se sont goupillées à merveille.

Une remontada historique

Cette campagne électorale aura écrit une page d’histoire électorale lyonnaise et nationale. La participation est près de 10 points au-dessus de la moyenne nationale et le nombre de votants est considérable avec plus de 207 000 votes enregistrés. De fait, Grégory Doucet est élu Maire de Lyon avec plus de voix que Louis Pradel, Michel Noir ou encore Gérard Collomb.

Mais ce qui est réellement historique est cette remontada. Nous avions 24 points de retard dans les premiers sondages (Verian, Opinionway). Un écart réduit à 14 points fin janvier (IPSOS), puis à 4 points mi-mars (Cluster 17). L’inversion du premier tour est connue : nous sommes en tête le 15 mars au soir avec 37.36%, devant Aulas à 36.78%. La remontada est historique par l’ampleur de la remontée, le temps restreint pour l’effectuer (5 mois), puis l’inversion du rapport de force dans les urnes.

Elle est également singulière car il s’est passé quelque chose d’étonnant dans les deux dernières semaines de campagne. La dynamique était indéniablement de notre côté. Les sondeurs le confirmaient. Et nous le sentions nettement auprès des Lyonnaises et des Lyonnais. En porte-à-porte, je me rappelle avoir rencontré une dame qui était encore en milieu de mandat farouchement contre nous, soutien active de la droite locale. Au final, par un double effet d’avoir été convaincue par notre projet, et rebutée par la vision et la posture du duo Aulas-Sarselli, elle m’indiquait aller voter pour nous. Elle ne sera pas la seule.

Ce phénomène singulier est celui d’une réelle bascule de voix entre Coeur Lyonnais et Pour vivre Lyon. Traditionnellement, les dynamiques de fin de campagne se jouent davantage sur un « vote utile », par exemple au sein des listes de gauche. Ce phénomène a eu lieu, mais il n’a pas été le plus significatif. Ce qui l’a été sont les centaines, voire milliers de personnes qui dans les derniers jours avant le premier tour ont décidé de basculer entre Aulas et Doucet. Deux visions s’opposaient. Deux manières de faire campagne avaient été observées. Et ils avaient choisi.

La réussite de cette campagne et de cette remontada a été la conjonction de deux éléments. D’une part, une campagne structurée, constante et fortement mobilisatrice. D’autre part, plusieurs erreurs non négligeables effectuées par nos opposants. Le résultat fait le reste. Cette campagne 2026 à Lyon restera gravée dans les mémoires, et son récit fera probablement l’objet d’autres écrits que celui-ci. Quoi qu’il en soit, elle fait partie de l’histoire politique française.

Que nous enseigne cette remontada ? Qu’une campagne n’est jamais jouée d’avance. Que les enquêtes d’opinion sont bien des photographies à un instant t. Qu’une mobilisation citoyenne sur le terrain, diverse et multiple, peut faire la différence in fine. A mon avis, ces quelques enseignements sont riches de sens, et extrêmement positifs. Mieux encore, ils sont porteurs d’espoir. En vue d’autres campagnes…

Evolution des intentions de votes sondées et score de 1er tour de novembre à mars pour les listes menées par Doucet et Aulas